L’Analyse transactionnelle, ses postulats et ses concepts de base

Étant donné que je fais parfois référence aux concepts fondamentaux de l’analyse transactionnelle, je présente ici la théorie dans ses lignes majeures et ses concepts fondamentaux. 

Éric Berne a élaboré les concepts et les outils de ce qu’il a appelé l’analyse transactionnelle. Il les a présentés au grand public dans son premier livre « Des jeux et des hommes ». Psychiatre, toujours inspiré par Freud mais désireux de s’en démarquer, Éric Berne a cherché à développer un outil thérapeutique efficace et rapide, moins coûteux et accessible à tous, en mettant l’accent sur la responsabilité de la personne dans la mise en place de son histoire de vie et dans sa capacité à changer. 

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Les concepts de l’AT sont alors simples, faciles à comprendre, faciles à utiliser. Leur connaissance et leur application permettent le changement positif inter et intra-individuel. 

L’Analyse Transactionnelle est ainsi est une théorie de la structure psychologique et de la communication, l’une interagissant avec l’autre et inversement 

Comme toute théorie, l’analyse transactionnelle s’appuie sur des postulats. 

1. Tout le monde a de la valeur et de la dignité. On a tous des potentialités et des qualités, dont celui de résoudre ses problèmes et de s’équilibrer. 

2. Tout le monde a la capacité de penser, d’influer sur sa vie et sur les décisions prises. 

3. Toutes les décisions peuvent être modifiées. 

Le concept de base est la transaction, c’est à dire un flux de communication doublé du débit psychologique tacite de communication qui se déroule en parallèle. 

Une transaction se produit quand un stimulus transactionnel (les mots, les gestes, l’intonation, les expressions, les comportements) d’un individu se traduit par la réponse des transactions d’une autre personne. Une réponse deviendra un nouveau stimulus pour l’autre. De cette façon, une chaîne de transactions est déclenchée et devient susceptible d’être analysée.  

– Bonjour, vous allez bien ? 

– Oui, ça va. Merci. Et vous ? 

Ce premier concept de transaction est essentiel pour la théorie parce qu’elle la place comme différente de la théorie psychanalytique. Berne a voulu ainsi déplacer la dynamique interne de la dynamique psychologique et mettre en avant le contenu de l’interaction des individus les uns avec les autres. 

Exemple de transaction :

– (voix mielleuse) Tu veux manger maintenant ou tout à l’heure ? 

On analyse la transaction en « lisant » la communication par ce qui est dit en mots (la question posée sur l’heure du repas), par la façon de le dire (ici la voix mielleuse qui se veut gentille), par ce qui est implicite, non dit et sous entendu (ici, moi je préfère maintenant et comme je suis gentil, tu devrais choisir ce que je veux). 

Cette transaction contient un message caché et ce message caché est un jeu. Le but d’un jeu est d’obtenir un gain (ici, la satisfaction d’un besoin de reconnaissance), sans le demander explicitement et directement. 

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Nous jouons tous avec ces jeux depuis notre enfance et la façon dont les autres ont joué avec nous, conditionnent tous nos jeux. Il peut donc arriver, qu’une fois adulte, ces jeux deviennent sources de problèmes dans nos relations avec nous mêmes et ceux qui nous entourent.

Un jeu psychologique est une série de transactions dirigée vers un résultat prévisible : la frustration de tous les joueurs. Chaque jeu a un gain, chaque joueur joue un rôle et ce rôle est interchangeable au gré des transactions. Les jeux s’apprennent dans l’enfance. Ils ont des structures très similaires, comme le nombre de joueurs, la définition des rôles et les buts. À la différence des vrais jeux, dans les jeux psychologiques, les individus ne sont pas forcément rationnels et les motivations sont souvent inavouées. 

L’un de ces jeux est le triangle de Karpman sur lequel j’ai déjà écrit un article. Mais le premier jeu identifié par Berne est celui du « Pourquoi pas, oui mais ». (en anglais : YDYB – Why Don’t You, Yes But).

Dans le jeu psychologique du « Pourquoi pas, oui mais », il y a deux joueurs. L’un pose un problème et l’autre propose des solutions. Le premier aura toujours un argument « oui mais » pour refuser la solution. Le second aura toujours une solution « Pourquoi pas » à opposer au « oui, mais ». 

Exemple : 

– J’aimerais bien partir quelque part ce week-end.

– Ah oui, bien. Tu pourrais aller chez ta mère. 

– Oui, mais je n’ai pas trop envie de passer un week end entier avec elle. 

– Effectivement. Tu pourrais alors aller à Nice, c’est une ville que tu aimes bien.

– Oui, mais je n’ai plus de voiture. Elle est en réparation.

– Ah. Tu pourrais y aller en train.

– Oui, mais je n’ai plus assez d’argent.

Le premier joueur justifie le fait que son problème n’a pas de solution et que personne ne peut l’aider. Le second joueur justifie le fait qu’il est impossible d’aider les autres et que personne ne l’écoute. Le premier joueur espère qu’il n’y aura pas de solution et le deuxième que son aide sera rejetée parce que le but du jeu pour les joueurs est de valider leurs croyances, croyances que l’on a mises en place depuis l’enfance en fonction des réponses de notre environnement à nos transactions et comportements. 

Pour en sortir, inutile d’exprimer le sous entendu. Il faut apporter l’antithèse, une transaction qui n’appartient pas au jeu. 

– J’aimerais bien partir quelque part ce week-end

– Ah oui, bien. Tu pourrais aller chez ta mère. 

– Oui, mais je n’ai pas trop envie de passer un week end entier avec elle. 

– Je comprends. Qu’est ce que tu vas faire alors ? 

En plus de l’analyse des interactions entre les individus, le concept fondateur de l’analyse transactionnelle sont les États du moi présents derrière chaque transaction.Un État du moi est un ensemble de sentiments et d’expériences directement liés à des comportements. 

Quand une personne parle à une autre personne, elle envoie un message à partir d’un de ses États du Moi en direction d’un des États du Moi de son interlocuteur. 

Pour Berne, les États du moi ne sont pas des concepts comme le Ça, le Moi et le Surmoi, mais des réalités phénoménologiques, c’est à dire non pas des états théoriques mais des réalités observables. 

On pense, on agit, on ressent, on juge à partir de n’importe lequel des États du Moi. Chaque État a une structure temporelle. 

Nous avons trois États : Parent – Adulte – Enfant qui devraient occuper une même importance dans nos transactions et être complémentaires avec ceux de nos interlocuteurs. 

Une transaction complémentaire est une transaction qui utilise les mêmes États du Moi. 

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L’État du Moi Parent est un notre voix de l’autorité et de l’apprentissage de la vie. Quand on est dans le Parent, on reproduit des comportements, des pensées et des sentiments des figures parentales (toute personne ayant autorité) qui ont été importantes pour nous. 

L’État du Moi Adulte est notre voix rationnelle. Quand on est dans l’Adulte, on a des comportements, des pensées et des sentiments en adéquation avec les situations que l’on rencontre. 

L’État du Moi Enfant est notre voix émotionnelle. Quand on est dans l’Enfant, on reproduit des comportements, des pensées et des sentiments tels qu’on les vivait quand on était enfant.

Dans chaque État du Moi, il y a des subdivisions. Les figures parentales peuvent être permissives et affectives ou sans cesse critiques, défendant les traditions et les idéaux. Les comportements infantiles peuvent être naturels ou plus adaptés. Ces subdivisions permettent une catégorisation de comportements, de sentiments et de pensées qui peuvent être fonctionnels ou dysfonctionnels. Cependant, il faut noter qu’il n’y a pas d’universalité dans la description des États du Moi. Chaque État est individuel et se manifeste de façon particulière selon les individus. C’est logique parce que chacun de nous avons des expériences particulières. Il n’y a pas d’État généralisé. 

Les transactions conflictuelles sont souvent des transactions croisées, dans lesquelles l’État du Moi stimulus n’est pas l’État du Moi réponse. 

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Comme dans une transaction, il y a ce qui est dit, ce qui est montré et ce qui est caché, les analyses transactionnelles s’observent par le verbal et le non verbal : les mots, les intonations, les gestes… 

Comprendre l’utilisation des États du Moi conduit à une prise de conscience de notre système de fonctionnement cognitif pour mieux nous adapter aux exigences externes et communiquer de façon flexible et efficace. 

Derrière les transactions et à partir des États du Moi, outre les jeux, il y a bien d’autres concepts importants. Mais pour parler communication, ces deux concepts fondamentaux me semblent primordiaux. 

4 réactions au sujet de « L’Analyse transactionnelle, ses postulats et ses concepts de base »

  1. Bibemus Réponse

    Bonjour,

    Que faire avec une enfant de 8 ans qui répond toujours « oui mais » lorsque son papa lui demande de faire quelque chose ou la gronde ? Que signifie cette attitude de son développement ?

    Merci, bonne journée

  2. Mary Gohin Réponse

    Bonjour, sans contexte, c’est difficile de répondre. Peut être n’aime t il pas l’échec…

  3. Chaffangeon Réponse

    Très intéressant, l’AT peut être un outil de communication pour mieux vivre avec les autres. Merci pour le partage.

  4. Mary Gohin Réponse

    Merci à vous pour ce commentaire. Oui cela peut être un très bon outil en gardant cette idée que le meilleur de la com est la flexibilité. 

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