La procrastination : J’écrirai plus tard…

Beaucoup de personnes tergiversent dès qu’une tâche peu agréable, une activité obligatoire se profile à l’horizon du temps : j’écrirai plus tard …. 

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Nous avons, à des degrés divers tous peur d’affronter la réalité, les défis que nous lance la vie, le travail stressant et les frustrations. Pour autant, même si nous tardons parfois à faire certaines tâches, nous ne sommes pas des procrastinateurs. 

La vraie procrastination est devenue une vraie habitude qui affecte complètement et conduit sérieusement à diminuer la qualité de vie. 

Ce n’est ni de la paresse, ni un manque d’organisation de temps ou d’espace. C’est juste le fait de pousser au loin, tellement au loin que toutes les activités d’un domaine ou toutes les activités de la vie sont faites au dernier moment, voire faites systématiquement en retard, voire jamais faites. 

Définition

La procrastination est le fait de remplacer les actes importants par des tâches de faibles importances, rejetant les actions primordiales à réaliser à une date ultérieure.       

Ce n’est pas une mise en attente mais un retardement, une vraie prise de décision de ne pas agir. La tergiversation permanente est contreproductive, négative et fait réellement souffrir.

C’est un mécanisme qui va permettre de faire face à la cause de la procrastination. 

La grande majorité des procrastinateurs s’adonnent à des activités secondaires (télévision, jeux) et peuvent même avoir des comportements addictifs. La plupart du temps leur espace de vie est encombré et désorganisé. 

La procrastination entraîne un niveau très élevé de stress, une forte anxiété, un sentiment de culpabilité, une faible estime de soi. Parfois survient une dépression profonde ou une dégradation de la santé générale. 

Cependant, on distingue deux types de procrastinateurs

1. Le type décontracté : l’inconséquent (Salomon et Rothblum, 1984) 

Aline évite toutes les tâches sérieuses qui engagent son idée de responsabilité. C’est à dire qu’elle n’a aucune difficulté à partir en vacances, sortir avec ses amis. Ce sont des activités agréables pour elle qu’elle gère sans problème. Mais dès qu’il s’agit des autres tâches à faire, elle ne prend aucun risque, n’essaie jamais rien de nouveau, râle tous les soirs chez elle après son emploi qu’elle ne quitterait finalement pour rien au monde. Dès qu’elle est confrontée à une tâche difficile ou dès qu’il y a une décision à prendre, elle blâme les autres ou la situation et nie toute l’importance de la tâche. Rien n’est grave, rien n’est urgent. Elle trouve que c’est tellement simple qu’elle ne voit pas pourquoi elle s’y prendrait à temps et commencerait à agir. Elle ne va jamais s’inquiéter et ne se préoccupera pas des délais imposés. Ce type de déni lui évite le stress et son mécanisme de défense semble très efficace puisque tous pensent qu’Aline est heureuse. 

Ce type est très répandu chez les lycéens et les étudiants (Ellis 1999). Ce sont souvent des personnes préoccupées par leurs besoins émotionnels comme la reconnaissance des autres et l’amour de soi. Certains étudiants finissent même par abandonner leurs études, pensant qu’à long terme, le travail exige trop d’efforts désagréables. 

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2. Le type tendu : le dépressif ou l’anxieux (Fiore, 1989)

Jean repousse dans le temps toutes les tâches qui lui paraissent difficiles, que ces tâches soit du domaine professionnel (terminer une note de service, téléphoner à un client..) du domaine personnel (prendre sa douche, remplir sa déclaration d’impôts, prendre rendez vous chez le médecin…) ou toute prise de décision (partir en vacances dans le Jura ou au Maroc ? prendre la voiture ou aller à pied ? changer ou ne pas changer de métier ? divorcer ou ne pas divorcer ?) 

Jean repousse dans le temps toutes les actions à faire, tous les choix à assumer. Il va mettre 20 minutes à se lever, plus d’une heure à prendre sa douche avant de partir travailler. Certains jours, quand partir est trop difficile, il ne partira pas et prendra un jour de congé. 

Jean arrive aussi à se noyer dans les tâches à faire. Décidé à remplir sa feuille de déclaration d’impôts sur la Toile, il a une trentaine d’onglets ouverts sur son navigateur, mais aucun sur le site des impôts. C’est le dernier jour possible pourtant, mais rien ne lui permet d’avancer et aucun onglet ne l’attire plus de 5 minutes. Il ouvre un trente-et-unième onglet et se met à jouer. Mais, même sur le jeu, il a du mal à se concentrer. Son niveau d’angoisse ne peut qu’augmenter. 

Ce type de procratinateur pense éviter la tâche parce qu’il ne peut pas gérer le stress de la situation. Or, il n’évite pas la tâche, mais il tente d’éviter le stress. En fait, Jean est tellement tendu, préoccupé par la tâche qu’il ne peut pas la terminer. Impossible pour lui de déterminer la priorité des tâches, impossible d’en venir à bout. Comme la peur domine tout, il va temporiser en pensant réduire son stress. Il va chercher des moyens de se détendre et « perdre son temps ». Plus il perd de temps et plus il stresse et plus il stresse et plus il cherche les distractions. Il se rend compte que c’est une perte de temps et qu’il est justement à court de temps. Mais le cycle est lancé et Jean ne peut pas en sortir. Il va se sentir coupable et focaliser sa tension sur ce qu’il ne fait pas tout en ne pouvant pas faire ce qu’il doit faire. Dépassé par la situation, il va devenir dépressif ou anxieux. 

Pourquoi temporiser ? 

La procrastination n’est pas une illustration de la paresse, un résultat d’indifférence aux autres, une mauvaise gestion du temps. C’est un comportement complexe auto-destructeur attribué à plusieurs causes primaires. Il faut comprendre la personne dans le contexte de ses émotions, de ses cognitions, de ses comportements et des habitudes de personnalité. 

Même si on peut admettre qu’il y ait une prédisposition génétique à la procrastination (rôle du cortex préfontal, responsable des fonctions cérébrales exécutives), les causes ont des composantes comportementales, cognitives et émotionnelles. 

Les causes comportementales

La procrastination peut être considérée comme une mauvaise habitude liée au stress qui a été renforcée (Burka, 1984 – Ferrari, 1995).     

1. J’ai envie de partir en week end. 

2. Je décide de me renseigner sur les opportunités. 

3. Mais, au bout de 5 minutes, je me dis que pour l’instant, je ne peux pas décider parce que je n’arrive pas à choisir entre montagne et mer, entre campagne et ville. 

4. Le week end approche et je stress et angoisse. Ma peur de ne rien faire ce week end prend des proportions énormes, comme si ma vie en dépendait.  Plus le samedi approche, plus le stress se transforme en angoisse. 

5. Complètement stressée, je ne parviens pas à me décider, à m’informer calmement. Le samedi matin, je décide de ne rien décider et je ne fais rien. 

6. Je ressens alors un vrai moment de détente. La pression tombe subitement. Je me sens presque bien. 

7. Ce répit est de courte durée car vient alors un sentiment de culpabilité qui m’envahit complètement. Je m’en veux terriblement d’avoir eu ce comportement et je me promets de ne plus l’avoir. 

8. Comme je reste chez moi le week end, je me dis que j’ai envie d’aller une de mes tantes. Le matin, ce n’est pas possible, je n’aurais jamais assez de temps. Je décide d’y aller l’après midi.

9. Cette décision fait remonter au maximum mon stress. L’angoisse me prend à la gorge. Je me distrais et passe de la salle de bains à la cuisine, de la cuisine à mon bureau, du bureau à mon canapé, du canapé à la salle de bains, sans réussir à me concentrer. 

1. Mais vers 16h, je trouve qu’il ne fait pas assez beau pour sortir et je reporte ma visite au lendemain. Je me sens immédiatement beaucoup mieux. 

À votre avis, que vais je faire le lendemain ?

Les causes cognitives et émotionnelles

les peurs du procrastinateur

On a trouvé que la procrastination (Aitken 1982) était liée à une pensée défectueuse, focalisée sur des peurs associées à des idées auto-destructrices.

Les travaux récents montrent que l’anxiété et le perfectionnisme n’ont aucun lien avec la procrastination. Les perfectionnistes ne se sentent pas coupables, tergiversent moins mais s’inquiètent plus. 

La peur de la réussite

La peur de la réussite est la peur de bien faire, d’être responsable, d’être indépendant. Pour ces personnes, réussir entraîne la crainte de perdre des amis ou de devenir une menace pour les autres. En réussissant, c’est l’idée que l’on devient arrogant, exigeant, ennuyeux et solitaire. En réussissant, l’idée est qu’elles vont perdre leur identité en devenant différentes. Cela peut devenir si effrayant pour ces personnes qu’elles cachent leur ambition, agissent comme si elles ne se souciaient de rien.  

La peur de l’échec

Ces personnes peuvent ressembler à des perfectionnistes, car elles se mettent des objectifs irréalisables qui, ne pouvant être réalisés les confortent dans leur idée d’incapacité, d’inaptitude. Elles sont sans cesse dans l’auto-critique, la dévalorisation d’elles mêmes. Ce sont souvent des personnes pessimistes qui pensent que tout ce qui est à faire n’est pas drôle, trop dur, ennuyeux. Leurs croyances tournent autour de l’injonction : « je dois toujours … »

Ces deux peurs sont très liées. Certaines personnes font se focaliser sur l’une plus que sur l’autre. D’autres vont exprimer les deux tendances, comme un balancement. Pour ces personnes, l’évitement le plus simple est de s’abstenir de faire beaucoup de choses, de faire des activités compétitives. Ne pas essayer est une forme d’échec, mais cette forme apparaît moins douloureuse que de tenter de faire. En tergiversant, l’échec ou la réussite sont écartées. Les séances d’entretien consistent à travailler la construction de l’estime de soi. 

Le besoin de contrôler ou de résister au contrôle

Ces personnes ont des croyances irrationnelles basées sur : »chacun doit me traiter avec gentillesse et faire ce que je veux, sinon j’ai le droit de me mettre en colère et de les détester ». On est tous obligés de faire des choses que nous n’avons pas envie de faire ou de faire des choses que les autres nous demandent de faire. Mais pour ces personnes, c’est une telle destruction de leur identité que cela devient impossible d’accepter cette réalité. 

Pour savoir si une personne est entrée dans ce type de procrastination, il faut lui demander si quelqu’un est gêné par sa perte de temps, son retard chronique ou incommodé par sa rébellion permanente contre les règles. Cette forme de procrastination prend donc la forme passive ou active, avec une forte expression de ressentiment. Cela permet de croire au contrôle, de prouver que l’on est puissant ou indépendant, c’est à dire libre. 

Certains auteurs, comme Sapadin et Maguire classent les procrastinateurs selon les conséquences de leurs comportements

– les perfectionnistes redoutent de faire parce que cela ne sera pas parfait

– les rêveurs qui ont de grandes idées mais détestent les détails

– les rebelles qui résistent à tout ce qui vient des autres

– les anxieux qui craignent de bouger par peur fondamentale du changement 

– les criseurs qui trouvent un problème à toute tâche

– les hyperactifs qui ne font rien et tout à la fois

Qu’est ce qui provoque la procrastination ?

Fondamentalement, le procrastinateur développe et répond à ses propres craintes spécifiques et du point de vue comportemental, le renforcement négatif joue un rôle déterminant dans le développement de la procrastination (les distractions, les pensées rationnalisantes, les excuses). 

Suite de l’article : comment cesser de tergiverser ? 

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