Les émotions et les situations de travail

Très souvent l’émotion est définie comme une propriété d’un comportement intentionnel. La pratique généralisée qui sépare l’émotion et la raison nous vient de la vieille distinction faite entre la perception passive, entraînée par l’information sensorielle de l’environnement, et la perception active, qui commence avec la dynamique dans le cerveau.

Cette distinction en appelle une autre, celle faite dans notre histoire des sciences et de la philosophie, entre la raison et l’émotion. Les motifs expliqueraient les comportements observés. C’est à dire que, dans cette interprétation, les actions résultent soit d’un jugement raisonné, soit d’une force interne hors de contrôle conscient et au-delà du choix rationnel.

Mais ce point de vue traite l’émotion comme négative et la raison comme positive. La composante « émotion » dans l’action et le comportement est considérée comme illogique, irrationnelle et incontrôlable, alors que la composante « cognition » est elle, renvoie à la raison. 

Depuis les études sur le stress au travail, on observe une prise en compte différente de la composante émotion. Beaucoup de situations de travail impliquent une forte exigence sur le plan psycho-affectif. L’émotion est devenue une question importante car la charge émotionnelle peut fortement influencer les comportements, les performances, la santé de celui qui la ressent. 

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Cela implique que dans les situations de travail, il est nécessaire de prendre en compte la charge émotionnelle, comme on prend en compte la charge physique et la charge mentale. Il y a donc, dans le concept de travail, les notions d’astreintes physiques, mentales et psychiques. 

Les facteurs émotionnels influencent l’activité cognitive et les cognitions ont des impacts sur les émotions. Et les tâches qui contiennent une composante émotionnelle sont très variées. Ce sont autant les situations où le salarié est

  • en relation avec le public, 
  • en relation de compétition, 
  • en relation d’aide, 
  • dans le cadre d’un contrôle. 

L’émotion peut influencer les prises de décision et les prises de risque. Ainsi, on a remarqué qu’un état affectif positif, permet de prendre plus de risques, des décisions complexes plus rapidement. L’émotion influence la qualité du travail. Elle peut affecter le cours de l’action. 

L’émotion naît de l’interaction entre les individus et, en état de stress, il y a un appel de ressources plus important, entraînant un ré-équilibrage entre l’action et l’objectif. L’effort subjectif est plus important et les comportements deviennent plus coûteux. 

J’ai, parmi mes clients, un enseignant d’éducation physique confronté aux objectifs contradictoires quand il doit installer le matériel nécessaire au cours du déroulement de son activité et surveiller les élèves qui doivent attendre la fin de l’installation. Il me raconte qu’il a un très fort sentiment de frustration, d’agacement.

En fait, il doit adopter un compromis cognitif lui permettant de poursuivre son activité, en ré équilibrant la charge mentale et la charge émotionnelle. Ce ré équilibrage entraîne ces sentiments d’inconfort.

Pour « sauver la face », il va tenter de faire comprendre aux élèves qu’il maîtrise la situation. Il interpelle les élèves dissipés tout en continuant à installer le matériel pédagogique. La poursuite de ces deux objectifs sont des actions contradictoires. 

Il est alors évident que les émotions et le stress générés par la réalisation de l’activité conduisent à orienter le cours des actions. Il y a interaction entre les composantes cognitives et émotionnelles nées de la situation de travail. 

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